A la découverte de nouveaux paysages

La fermeture du pays pendant presque 2 ans et la situation sanitaire générale m’auront éloigné du Maroc pendant presque 3 ans, un temps qui commençait à être long pour moi qui avais pris l’habitude de m’y rendre presque chaque année!
Le plaisir d’y retourner ne fut que plus intense, cette fois, avec ma compagne qui ne connaissait pas encore ce pays.
Sonja surfe également un peu, mais l’idée était de découvrir plus largement ce pays, plus que de rester collé à l’océan pour un surf trip, chose assez facile pour ma part!
C’était l’occasion pour moi de préparer un road trip différent, passant par des régions que je n’avais jamais encore visité.

De Marrakech à Ouarzazate

Le point de départ et retour fut Marrakech. Même si ce n’est pas forcément la ville marocaine que je préfère, c’est un passage pratique et quand même à voir.
Comme d’habitude, nous étions logés à l’écart de l’agitation de la ville dans la palmeraie, à l’éco lodge Terra Janna où j’ai pu réaliser quelques gravures et peintures sur leurs murs en terre crue il y a quelques années. Un véritable havre de paix et de calme pour une halte reposante et en douceur. De là, nous avions une vue sur l’Atlas avec ses 1ere neiges timides, que nous allions traverser dans quelques jours pour rejoindre Ouarzazate.


Visite de souks, passage par la place Jemaa El Fna et rencontre avec mon ami Olivier, directeur technique du Royal Mansour, élu plus beau palace au monde. Nous eûmes droit à une visite privée très intéressante, jusqu’aux sous-sols avec des chiffres étourdissants: 600 personnes travaillent (et mangent) quotidiennement au palace plus une petite centaine d’intervenants extérieures. 3 restaurants, 2 chefs 3 étoiles, une soixantaine de riads de 200 à 800m² (il n’y a pas de chambre « simple ») et autant de piscines, plus 3 autres grandes piscines extérieures. Tout le mobilier est fait sur mesure, jusqu’à la poignée de porte, le tout par les meilleurs artisans locaux et internationaux, dessinés, agencés et pensés pour l’hôtel, qui change régulièrement sa décoration..bref, le palais de milles et une nuits (où il vaut mieux bien dormir vu le prix des riads!) et qui affichait complet!

Un autre lieu incontournable à visiter sont les jardins de Majorelle et son immense collection de cactus et palmiers divers, entourant cette magnifique villa art déco qu’Yves St Laurent acquis en 1980 avant de faire partie de sa fondation. Lieu hautement photogénique et bucolique, malgré le monde s’y pressant chaque matin , complétez la visite avec le musée de la culture berbère, dans la maison. Petit mais très riche (vêtements, outils, parures et bijoux) et bien fait, ce fut une belle source d’inspiration pour mes futures oeuvres sur les plages du pays. Et juste à côté se trouve également le musée Yves St Laurent pour les amoureux de la mode.

Le Haut Atlas

Début véritablement du road trip par la traversée de l’Atlas pour nous rendre à Ouarzazate fut un vrai plaisir et la conduite très agréable, avec une grande partie des routes largement rénovée et peu de gros camions lents du siècle dernier à dépasser! De manière générale on roule bien au Maroc, il faut juste faire attention aux très nombreux contrôles radars (plus les chiens errants et les ânes) et check points à l’entrée des villes. Le dernier 1h avant d’arriver à l’aéroport me fut fatal après quelques secondes d’inattention qui me valurent un bakchich de 100 Dirhams (10€) au lieu du triple en amende pour dépassement de vitesse..

Les paysages de l’Atlas sont vraiment grandioses, passant de petites vallées verdoyantes (quand pleut suffisamment) à de hautes montagnes rocailleuses et sèches pour finir par des plateaux désertiques.
Plusieurs petits villages parsèment la route, dont certains au creux d’oasis luxuriants versant sud de la chaîne montagneuse. On se rend vraiment compte que là où se trouve l’eau, se trouve la vie.
Nous avons apprécié trouver régulièrement sur notre route et un peu partout dans le pays, des vendeurs ambulants de café, avec le coffre de leur voiture aménagé, servant surement les meilleurs cafés, pour 60 cts!
Deux choses que l’on remarque et apprécie dans ce pays sont la lumière, surtout en hiver, et les couleurs.
Particulièrement le long de cette traversée, nous verrons les flancs des montagnes passer du jaune au rouge, du vert au gris, jusqu’au noir, faisant penser aux roches volcaniques des Canaries

Le point culminant de cette route est le col de Tizi n’Tichka à 2260m. De nombreux marchands de cristaux vous attendront comme tous ceux croisés sur la route levant le bras à votre passage, pour vous vendre des fossiles et des géodes qu’ils auront coloré au Mercurochrome et autres teintures artificielles pour les rendre faussement attractives!

Vielles kasbah et décors naturels


Avant d’arriver à Ouarzazate, nous nous arrêtèrent visiter le très ancien et magnifique ksar d’Ait Ben Haddou où de nombreux films ont été tournés, comme Astérix ou Gladiators.
La région est très connue pour le cinéma avec plusieurs studios et on comprend facilement pourquoi avec les décors naturels grandioses et ces vieilles cités multiséculaires en terre crue.
Ouarzazate n’est pas une très grande ville mais bénéficie, par son attractivité touristique et cinématographique, d’un aéroport. L’eau y est un peu plus présente qu’ailleurs dans la région, la lumière et les paysages sont magnifiques. C’est également un point de départ pour des treks en montagne ou dans le désert à dos de dromadaire pour vivre la culture nomade.
Vous pourrez visiter les studios Atlas et vous prendre pour un personnage du millénaire passé ainsi que la magnifique kasbah Traourirt très bien restaurée et qui vaut le détour (un guide est un plus)

Redescente du col de Tizi n’Tichka

De Ouarzazate à l’océan

Nous ferons 2 étapes avant de rejoindre l’océan et ses magnifiques vagues, à Tamraght au nord d’Agadir.
La première à Taliouine, ville du safran que nous manquerons pas de rapporter, pour aller voir mon ami calligraphe et ambassadeur de la langue berbère, Moulid Nid ouissadan avec qui j’avais réalisé une oeuvre sur la plage d’Essaouira en 2016, inspirée d’une de ses calligraphies dont vous pouvez retrouver le clip ici: Voyage en Land art

Plantation de lampadaires dans la banlieue d’Ouarzazate, 13 ans d’âge!

L’hospitalité dans la luxuriante Fint


Nous ferons un stop à 15mn au sud-ouest d’Ouarzazate par le luxuriant oasis de Fint, caché au fond d’une petite vallée. Le décalage est toujours très impressionnant, passant d’un désert de roches à un village à la végétation luxuriante au pied d’une rivière. On y cultive principalement la datte mais également tous les légumes pouvant nourrir les villageois.
Sur la route descendant à l’oasis, nous prendrons un autostoppeur qui s’est naturellement improvisé guide pour nous faire visiter son village dans un français parfait, nous acheter les meilleures dattes chez son voisin et bien sûr nous convier au thé dans sa maison où vit toute sa famille, accompagné de pain fait par sa mère et d’huile d’olive. A notre départ, il est remonté avec nous pour nous conduire au meilleur point de vue sur le village, au coucher du soleil, pour finalement refaire la route à pied, encore plus loin que là où nous l’avions pris!
Il n’est pas de voyage au Maroc, sans rencontrer une hospitalité inattendue et forte, que nous avons malheureusement perdu.
La route vers Taliouine est tout aussi magnifique et surprenante que celles que nous avions pris jusqu’à présent.

Plissements, oasis et plaines désertiques


Des lacets entre des petites montagnes arides et très érodées par les différences de températures qui peuvent régner ici, des plissements impressionnants sculptant le paysage et ces villages oasis sortant de nulle part et survivant grâce à un filet d’eau affleurant timidement à la surface.
Moulid nous accueilli avec un thé au safran et des pâtisseries, tout en nous faisant le cours sur la langue berbère, la calligraphie amazigh et nous offrit, comme il le fera pour vous qui passerez le voir, un marque-page calligraphié à notre nom avec son ‘encre magique’!

Le lendemain, nous continuâmes jusqu’à Taroudant pour une dernière petite étapes avant la côte atlantique. Juste se balader dans la ville, acheter au détour d’un boutique du miel, du amlou et de l’huile d’olive, prendre un café en observant les scènes de rue et discuter avec nos voisins de tablée, incollables sur les chanteurs français des années 60-90 et ravis de pouvoir raconter leur blagues à des gens qui ne les avaient pas encore entendu.

Place aux vagues et à la plage

Deuxième partie du road trip le long de la côte atlantique, du nord d’Agadir jusqu’à Essaouira.
Nous fîmes un premier stop à Tamraght, juste en dessous de Taghazout, épicentre de la scène surfistique du Maroc avec quelques unes des meilleures vagues du pays à quelques kilomètres autour.
Cette région bénéficie d’un ensoleillement quasi permanent avec des températures rarement en dessous de 22° en journée en hiver.
Des vagues magnifiques déroulaient depuis plusieurs jours, sans discontinuer, avec plus ou moins de taille et c’était le spectacle partout à l’eau.

J’adore la route côtière qui mène jusqu’à Essaouira, l’océan est presque toujours présent, juste à côté et on passe les spots de surf, les uns après les autres. Certains sont bondés, d’autres moins accessibles avec quelques téméraires venus de toute l’Europe pour braver ces immenses trains de houle s’enroulant sur les pointes rocheuses que de fortes tempêtes en Atlantique nord déversent tout l’hiver.

Notre deuxième stop côtier fut le village d’Imsouane que j’affectionne particulièrement pour ses vagues incroyables dont une des plus longues d’Afrique pouvant dérouler pendant 3mn sur 800m!
Malheureusement victime de son succès et de son accessibilité, cette vague est désormais toujours surpeuplée. Malgré cela on peut toujours se frayer un chemin et je prendrai probablement une de mes meilleures et plus longue vagues jamais surfée le lendemain de notre arrivée.

Imsouane est également un spot parfait pour y créer des oeuvres sur ses 2 belles plages surplombées de petites falaises.
J’empruntais un râteau qui était plus un scarificateur planté sur une épaisse branche écorcée mais qui s’avéra très efficace. Chaque marée basse, je laissais voguer mon imagination nourrie par toutes ces portes métalliques très typiques, que j’ai photographiées pendant notre séjour, ainsi que des zelliges et de l’art islamique, pour improviser une oeuvre par jour.
Voici le résultat dont vous pourrez trouver les tirages à la vente sur ma boutique:

Dernière étapes à Essaouira, chez mon ami Pascal installé depuis 5 ans et qui gère entre autre l’excellent restaurant Triskala que je ne peux que vous recommander et la ferme de permaculture Akal où vous pourrez manger des repas à thème dans un cadre verdoyant, sous les tentes berbères.
Essaouira est une ville où il fait bon vivre et déambuler. Se perdre dans l’ancienne médina et se laisser tenter par quelques emplettes d’artisans, de tapis berbères ou de vêtements, déguster un jus de canne ou de grenade dans la rue, un bol d’escargots ou aller se faire griller un poisson acheté au cul du bateau au port.
Une dernière fresque avant de rentrer, sur la plage déserte de Moulay Bouzerktoun, un petit village au nord prisé des wind et kite surfers qui viennent plus d’avril à septembre quand les vents soufflent fort.

Nous rentrons après une cure de soleil, de vagues, de sourires, de couleurs et d’épices, avec cette certitude de revenir bientôt.